Actualités

Amélioration de l’environnement des affaires : Entretien avec…Mahdi Darar Obsieh Directeur Général de l’ANPI (26/03/2018, LaNation)

« Créer des emplois, c’est mettre en place un cercle vertueux de création de richesse »

Selon les chiffres que vos services ont publié, le guichet unique a permis de créer 782 entreprises étrangères et locales confondues entre mars 2017 et février 2018. Sur cet aspect de facilitation dans la création des entreprises, qu’est ce que vous avez à nous dire ?

Justement et c’est là la principale innovation. Le guichet unique abrite les 15 institutions publiques et parapubliques qui interviennent dans les différentes strates des affaires. Pour schématiser, le promoteur arrive avec son dossier au guichet unique qui diffuse son dossier dans les différents desks. A cet effet, un effort considérable a été fait au niveau du délai de création de société qui se situe aujourd’hui entre 1 et 3 jours au maximum. A cela, il convient d’ajouter la réduction des procédures et des coûts. Sur ce dernier point, il faut rendre hommage au ministère du Budget qui a fait un grand effort financier par l’exonération d’une large palette des patentes d’activités commerciales. L’objectif étant de faciliter le démarrage des entreprises. Autre point non négligeable qu’il faut mettre en exergue, vous avez donné le chiffre de 782 entreprises créées en un an, il faut multiplier par trois ce chiffre pour obtenir le nombre d’emplois créés soit quelques 2346 emplois par ces nouvelles entreprises. Les entreprises avec la forme juridique dite  individuelle crée d’emplois que pour les promoteurs, mais les autres formes que ça soit une SARL, une SA ou tout autre forme crée au minimum 3 à 4 emplois directs ou permanents. Pour nous, créer des emplois, c’est mettre en place un cercle vertueux de création de richesse qui s’enclenche et qui par conséquent booste l’économie nationale dans sa globalité.

Le succès du guichet unique s’explique aussi par la mise en place d’un système d’information intégré destiné à fluidifier et faciliter les procédures administratives dans les différentes étapes de la chaîne procédurale. Comment est née cette innovation ?

Outre la volonté de travailler en synergie et sous le même toit des 15 institutions de l’État, il y a des outils qui ont été développés pour fluidifier comme vous avez dit le travail en commun et assurer une meilleure coordination entre les partenaires intervenant dans la création d’entreprise. Il y a d’abord le manuel de procédure et déjà en amont, il y a eu les différentes conventions qui régissent l’interactivité des services avec le guichet unique sous la responsabilité de l’ANPI et enfin le système d’information que vous venez de citer à juste titre. Ce système va être déployé bientôt. Il était en test et nous avons sciemment choisi d’apprendre à travailler ensemble pendant une année tout en ayant abouti à des résultats tangibles en termes de délai et de coût. Dans les prochains jours, le système va être déployé avec un systeme de paiement unique. Et c’est dans ce cadre que le guichet unique prend tout son sens.

Autre événement important en ce début d’année 2018, c’est la publication du rapport annuel Doing Business de la Banque mondiale. Dans ce classement, Djibouti fait un bond de 17 places entre 2017 (171ème) et 2018 (154ème). Quelle est votre réaction et comment appréciez-vous cette progression ?

En fait et d’une manière générale, ce n’est pas vraiment une surprise parce que beaucoup d’efforts et de reformes ont été réalisés par les différents acteurs nationaux sous la coordination de l’ANPI et avec l’appui technique et financier de la Banque mondiale. Aujourd’hui, ce résultat est largement mérité par notre pays qui figure parmi les 10 meilleurs réformateurs. Ce sont 190 pays mesurés par le rapport Doing Business et sur certains critères, Djibouti a fait un bond de 90 places. Je prends un exemple, sur la justice, il y a eu un gain de 80 places. Djibouti est un des rares pays qui a fait un tel saut en une année.

Sur l’ensemble des reformes engagées par le gouvernement pour assainir la législation qui régit les investissements et la pratique des affaires dans notre pays, quels sont les reformes essentielles que vous voulez mettre en exergue et que vous jugez importantes en termes d’impact  sur la visibilité de la place de Djibouti ?

Il a été développé pour améliorer les performances de Djibouti une matrice qui est disponible sous forme de rapport intitulé mémorandum de reforme. Pour cette année, nous avons adopté une autre matrice pour impulser et marquer encore plus les résultats des reformes pour le prochain rapport 2019. Pour citer certaines reformes phares, je mettrai en premier l’opérationnalisation du guichet unique avec les facilitations de toutes les procédures de création d’entreprises. Nous avons également beaucoup d’actions que nous avons mené au niveau de la justice en termes de protection des investisseurs et de préalable d’accès au financement. Il y a eu également les reformes engagées au niveau du permis de construire dont réglementairement le délai a été drastiquement réduit. Aujourd’hui pour obtenir le permis de construire, ce délai ne peut pas ou ne doit pas dépasser 21 jours. Au delà, le promoteur est réputé  avoir eu le permis sur la base de l’accusé de réception de sa demande.

Sur cet indicateur de la justice, le ministre en charge de ce département dans une interview que nous avons publié, il y a de cela deux semaines, s’est félicité de la mise en place prochaine du code civil et du code de procédure civile purement djiboutien en le considérant comme une reforme majeure. Quelle est votre analyse ?

Nous en sommes fier. Cela constitue un jalon assez conséquent vers une justice fluide, équitable et proche des citoyens. Vous savez, le texte actuellement en vigueur remonte à 1804. Je citerai également un autre point important à savoir l’automatisation des procédures juridiques et  judiciaires qui va donc amplifier et optimiser le nouveau texte. C’est l’occasion pour moi d’ailleurs de rendre un hommage à ce ministère qui n’a pas ménagé ses efforts pour faire aboutir ces deux reformes. Bien entendu notre agence a assuré son rôle de coordinateur avec le soutien technique et conceptuel de l’agence nationale des systèmes d’informations de l’Etat (ANSIE) à qui je rends également hommage pour la qualité du travail accompli.

Nous ne sommes pas en train de dire tout est beau dans les meilleurs du monde. Car toute œuvre humaine n’est jamais parfaite. Quels sont les points faibles, les lacunes qu’il faut améliorer dans ce programme de reformes ?

Vous avez tout a fait raison. Parler que des forces, de mon de point  vue, c’est déjà une faiblesse. Autant parler des faiblesses, c’est ça la force. Et je vous remercie pour cette question. Il y a beaucoup de critères sur lesquels un travail titanesque nous attend. Je peux citer, entre autres, le raccordement à l’électricité pour lequel nous avons programmé quatre grandes actions. Je citerai également le transfert de propriété dont les délais  et les coûts ont déjà été rationalisés. Il y a en outre l’optimisation du guichet unique ainsi que d’autres actions qui méritent une refonte totale et sur lesquelles nous travaillons actuellement. Soyez assuré que nous sommes conscients de nos faiblesses et c’est en travaillant en parfaite symbiose entre les différents partenaires et pour une seule et même vision que nous allons changer la donne. J’en suis convaincu.

En inaugurant le guichet unique le 12 mars 2017, le président de la République disait que la création du guichet unique répond à un souci d’efficacité et d’efficience de l’administration de l’Etat. Avez-vous répondu  aujourd’hui au souci exprimé par le chef de l’Etat ?

Franchement, le discours du président de la République que vous venez de citer et notamment ce passage est perspicace. Il signifiait que le guichet unique, à lui tout seul, ne peut pas matérialiser les reformes mais il doit en être le creuset, la locomotive ou encore le contenant. Et le contenu, c’est  l’ensemble de ces reformes. Bien sûr, nous travaillons dans ce cadre d’efficacité et d’efficience fixé par le président de la République. Pour nous, c’est  une exigence, un objectif  à atteindre et nous les considérons comme tel. Toutes ces reformes doivent tendre vers ce but ultime.

D'autres informations :